Dans le champ amoureux; nous sommes nos choix
Dans le champ amoureux; nous sommes nos choix

Publié par Élizabeth Bigras-Ouimet le Jeu. 9 novembre 2017 à 16h00 - Contenu original
Théâtre, Catherine Chabot, Dans le champ amoureux, Espace Libre, Frédéric Blanchette, Nouveau Théâtre Expérimental, Suggestions de sortie, Table Rase

Crédit photos: Eva-Maude TC

Un couple peut-il survivre à l’ère actuelle, à travers les idéaux amoureux et les limites du « nous », exposé aux multiples rencontres et occasions à saisir? Le couple s’est-il perdu dans un labyrinthe de miroirs, de reflets, de quête absolue de soi en l’autre? L’auteure Catherine Chabot nous soumet (inutile de chercher à fuir) à la réflexion dans sa nouvelle pièce Dans le champ amoureux, présentement à l’Espace Libre jusqu’au 25 novembre 2017.


« L’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie. »
- Jean-Paul Sartre

Depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2013, Catherine Chabot s’est démarquée en tant que comédienne au théâtre et à la télévision; mais c’est avec sa première pièce, Table rase, que le public a su reconnaître le grand talent de cette jeune femme autant pour l’écriture que pour l’interprétation.

Table rase fut l’une des plus grandes pièces à voir à Montréal en 2015 et 2017. En collaboration étroite avec les cinq autres extraordinaires comédiennes de la pièce, Catherine Chabot nous imposait un texte coup de poing d’où émergeaient de profondes réflexions sur l’amitié, l’amour, la vie et la mort.

Avec Dans le champ amoureux, Catherine Chabot nous propose une réflexion infinie, indéterminée, peuplée d’interrogations et de questions-réponses sur le couple, sur ce qu’il est à travers ses sentiments et ses impulsions, à travers le reflet de ses aspirations, ses attentes, ses ententes et… ses hystéries.


La confiance se gagne en gouttes… et se perd en litres (Sartre)

« Si l’enfer c’est les autres, pour reprendre la formule de Sartre, le couple est un enfer béni, puisque "pour obtenir une vérité quelconque sur soi, il faut souvent passer par l’autre". »
- Catherine Chabot

Dans une chambre, leur chambre, un couple se meurt, se déchire, s’aime, se livre à une ultime mise à nue… jusqu’à la prochaine.

Ils ont passé leur vingtaine ensemble. Aujourd’hui, elle est auteure et lui, doctorant en philosophie. Ils sont passionnés, intelligents, sexy et pourtant, leur couple est à la dérive. Les infidélités de l’un débordent sur les crises de jalousie de l’autre et la confiance est mise à dure épreuve. Mais est-ce là le véritable enjeu?

Serait-ce la dernière fois, la dernière querelle pour ce couple qui a maintes fois débattu sur les grands principes philosophiques, qui se cherche des repères insolites parmi des images utopiques?

À travers leurs mots, on ressent des incertitudes, des doutes sur soi, sur l’autre, des remises en question sur ce qu’ils désirent dans le ici et maintenant, qui ils sont ensemble et l’un sans l’autre.

Les deux amoureux se renvoient la balle, se disent tout, tout ce qu’ils ne se disaient pas de peur de faire mal à l’autre, de peur de briser la relation, de peur d’une fin, de peur de…

Parce que dans l’amour, il y a beaucoup de peurs. De maux (mots) aussi. Les mots écorchent, tuent, séduisent, ravivent, se brisent dans le reflet de l’autre. Les mots font rire, font crier.

Le texte de Catherine Chabot fesse, « pichenotte » dans le batte, crache littéralement sur les bonnes consciences. Les idéaux amoureux que l’on s’est construits de par notre éducation, religion, expériences passées sont remis en doute, « revirés d’bord », recalculés.

Quelles sont dorénavant les limites à respecter dans une vie de couple? Faut-il tout accepter? Y a-t-il encore de l’amour lorsqu’on quête un « je t’aime », lorsqu’on ramène le passé à coup de circuit, qu’on tente de comprendre à l’infini un sentiment que l’on devrait vivre plutôt que chercher à comprendre?

L’auteure ouvre les débats à travers ses quatre personnages soit le couple, l’ex et la « tite-jeune-avec-qui-t’as-couché-il-y-a-des-années ». Calqués sur vous, sur eux, vos amis, votre famille et vos contacts Facebook, Instagram, Tinder etc., ces personnages se révèlent habiles représentants d’une génération bâclée par les nombreux « let it go » et matchs virtuels.

Si le propre de l’humain tend à se chercher des repères en les autres, à se définir à travers les expériences vécues, à chercher ailleurs ce qui se trouve en lui, alors un seul reflet ne lui sera jamais salutaire.

« Qu'est-ce donc que l'amour, si ce n'est de se comprendre et de se réjouir en voyant quelqu’un d’autre vivre, agir et sentir différemment de nous, parfois même à l’opposé? »
- Nietzsche


Dans le champ amoureux
Présenté par Corrida et parrainé par le Nouveau Théâtre Expérimental.
Texte de Catherine Chabot.
Mise en scène de Frédéric Blanchette.
Avec Catherine Chabot, Francis-William Rhéaume et Fayolle Junior Jean.

À L’Espace Libre jusqu’au 25 novembre.