Magistral « Accent français », tantôt grave, tantôt aigu et tantôt tonique!
Magistral « Accent français », tantôt grave, tantôt aigu et tantôt tonique!

Publié par Daniel Raymond le Jeu. 23 novembre 2017 à 15h30 - Contenu original
Musique, Accent français, Alexandre Tharaud, Jean-Guihen Queyras, Marie-Nicole Lemieux, Musique classique, Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin

Crédit photos: Page Facebook de l’Orchestre Métropolitain

Hier, Monsieur Yannick Nézet-Séguin – le « chef/globe-trotteur/ambassadeur » – a fait s’exprimer un Orchestre Métropolitain habité, ainsi que ses solistes invités possédés; le tout dans un langage musical français impeccable et de haute voltige. L’articulation, le phrasé et la conjugaison des compositeurs ont été remarquablement rendus sous la baguette d’un maître inspiré.


C’est la renommée contralto Marie-Nicole Lemieux qui a d’abord brisé la glace en interprétant Les Nuits d’été (op. 7), soit une suite de six chansons tirées du recueil de poèmes La Comédie de la mort de Théophile Gauthier, ami d’Hector Berlioz qui les a orchestrés en 1856.

La diva, dont la réputation l’honore et la précède, a ainsi pu nous faire apprécier toute l’étendue de son registre, de même que la grande qualité de son jeu et de son interprétation.

Fait inusité, après la troisième chanson, le chef y est allé d’un cordial rappel à l’ordre visant les gens du parterre. Il s’est adressé à l’audience en ces termes: « S’il vous plait, ne riez pas. Essayons tous ensemble de rester dans le moment. » C’est que durant l’exécution des chansons, on pouvait quasiment entendre une mouche voler; mais durant la pause entre deux œuvres, on aurait dit que les gens qui s’étaient jusque là retenus de tousser, se laissaient aller en chœur aux toussotements, entraînant ainsi quelques ricanements et chuchotements.

Certains ont tenté d’applaudir l’intervention du maestro qui, d’un signe de la main, les a stoppés net dans leur élan. Le reste de la soirée s’est déroulé sans nul autre accroc au décorum.

La fin de la performance de Dame Lemieux a par ailleurs été accueillie par une ovation debout spontanée et de chaleureux applaudissements, en plus de la traditionnelle remise d’un bouquet de fleurs. Il en a été de même pour les deux autres solistes de la soirée.

C’est ensuite Maurice Ravel qui est venu nous fasciner avec son « Concerto pour la main gauche, en ré majeur » écrit à l’intention du pianiste autrichien Paul Wittgenstein qui perdit le bras droit lors de la première Grande Guerre.

Cette œuvre pour piano et orchestre, d’une durée de 18 minutes, est franchement originale et séduisante par le côté spectaculaire de la prouesse technique qu’elle exige du pianiste. Alexandre Tharaud s’en est magnifiquement acquitté. La pièce donne lieu à plusieurs crescendos, déferlements de sonorités et montées de décibels de la part de l’orchestre. La réaction de la foule a été à l’image de l’œuvre, c’est-à-dire éclatante!

Après l’entracte, c’est le violoncelliste Jean-Guihen Queyras qui est venu nous impressionner en interprétant brillamment les trois mouvements contrastés et enlevants du « Concerto pour violoncelle no 1 en la mineur (op. 33) » de Camille Saint-Saëns, pièce d’une durée de 19 minutes pour violoncelle solo et orchestre. L’accueil du public a été en rapport direct avec le déploiement d’une « subjuguante » dextérité et la maîtrise totale de son instrument démontrée par le soliste.

La deuxième partie s’est conclue par une puissante performance d’orchestre alors que l’Orchestre nous a remarquablement livré une œuvre en trois mouvements de Claude Debussy et intitulée « La Mer, trois esquisses symphoniques ». Avant l’écoute, je n’ai lu ni le titre de la pièce, ni sa description. N’en sachant donc rien, je me suis concentré sur les images mentales évoquées par la musique, durant mon écoute attentive, et j’y ai vu les mouvements du vent et de la mer. Par après, quand j’en ai lu le descriptif et que j’ai réalisé que j’étais tombé pile dans le thème, ça n’a pas tant démontré ma perspicacité que révélé l’étonnant et quasi magique pouvoir d’évocation de ce chef-d’œuvre.

Les mouvements sont intitulés « De l’aube à midi sur la mer », « Jeux de vagues » et « Dialogue du vent et de la mer ». Est-ce mon imagination qui est trop fertile ou est-ce que ce génial compositeur savait effectivement peindre des paysages à partir de sa riche palette de sonorités? J’opte pour la seconde possibilité.

En conclusion du concert, durant les saluts et les applaudissements à n’en plus finir, des spectateurs assis au balcon derrière l’orchestre ont fait preuve d’une charmante attention, en déployant une banderole sur laquelle le souhait « BONNE TOURNÉE! » était inscrit pour souligner le départ imminent de Yannick Nézet-Séguin et de « son » Orchestre Métropolitain pour leur première tournée européenne. Le chef et l’ensemble des musiciens ont visiblement apprécié le geste.

En réponse à une insistante et chaleureuse ovation agrémentée de nombreux « bravo! », l’orchestre nous a offert une des « Variations Enigma » d’Edward Elgar. Très agréable morceau reçu avec enthousiasme par une foule qui en redemandait.


La musique française a donc connu un autre de ses francs succès, et elle en vivra encore davantage, spécialement durant la tournée européenne qui s’amorce et que nous souhaitons fructueuse et enrichissante pour l’OM; ce dernier méritant amplement toute la gloire qu’il connait déjà et qui ne fera que grandir.