Poésie du quotidien: médecin too
Poésie du quotidien: médecin too

Publié par Charles Moquin le Ven. 8 juin 2018 à 15h00 - Contenu original
Poésie du quotidien


La série de textes Poésie du quotidien présente des sujets prosaïques avec une teinte poétique.



J’adore les bars d’aéroports. Le décalage fait se côtoyer la bière et les oeufs. Un alcoolo, peut faire passer sa bière du matin, pour une bière du soir. Et cela peut créer des confidences étonnantes.

Ce fût le cas au bar du terminal 1 à Charles de Gaulle, lors de mon dernier voyage en France. Mon voisin au bar, un homme pompette et en colère, était sous interdiction de prendre l’avion. Dans le sillage de l’affaire Weinstein, des pressions du syndicat de la sécurité firent que l’on vota un nouveau règlement, interdisant les fouilles à nues, empêchant mon voisin au bar de démontrer que l’objet dans son pantalon n’était pas un tire-bouchon, mais bel et bien son appendice.

On exigea donc un document du médecin, qu’il n’avait évidemment pas en sa possession, comme quoi sa queue en tire-bouchon était due à la maladie de « la pyronnie » et ne pouvait causer de blessures à moins de relations sexuelles, évidemment interdites sur l’avion.

Cela en faisait beaucoup me confia-t-il. Entre autres, il venait de changer le nom de sa charcuterie qui portait son surnom, « gros jambon », car la campagne « balance ton porc » nuisait à son commerce. Du coup, il continua de me parler de sa pathologie . Ayant pris de la bouteille, la sexualité était reléguée au second plan. En plus, étant gai, pas facile de pénétrer.

On était loin du temps où ses amants le taquinaient, en le surnommant « le malaxeur ». Un jour lors d’une fête thématique, bien arrosée , il évita l’hosto à un copain, en réussissant à lui extraire une noix de coco coincée... vous imaginez où. Il fut aussitôt rebaptisé « le tire-bouchon» .


Sur un ton plus grave, mais jouissif , il me confia, qu’un jour, alors qu’il était soldat en Afghanistan, ses compagnons, l’ayant entièrement dénudé une énième fois pour se moquer, lui sauvèrent indirectement la vie. Étant de race rousse et son sexe au repos, ressemblant à un énorme ver, essayant de sortir d’un corps ou d’y entrer, les talibans le laissèrent pour mort. Douce revanche? Oui et non, car tous les soldats du peloton subirent la castration de la part l’ennemi. Comme tous ses compagnons furent tués , il se surnomma lui-même le « ver solitaire ». Enfin, à son retour à Paris, il travailla comme barman au « bar belé » .

S’emmerdant , il retourna à l’université étudier en chimie. Suite à l’initiation, on le surnomma amicalement « solénoide ». Il travailla quelques années comme chimiste, chez Sanofi, avant d’acheter sa charcuterie sur l’île Saint-Louis.

Finalement, tout s’est bien terminé, car notre voisin au bar, un vieux médecin libidineux, offrit de lui écrire le document dont il avait besoin pour passer à la sécurité, moyennant une fellation, en attendant l’embarquement. Ouf! ‘’Too un médecin!’’

Décidément.