Rêveries | Une soirée enivrante et judicieusement intitulée
Rêveries | Une soirée enivrante et judicieusement intitulée

Publié par Daniel Raymond le Ven. 23 novembre 2018 à 17h05 - Contenu original
Musique, Claude Debussy, Kensho Watanabe, Kerson Leong, Maison Symphonique, Maurice Ravel, Musique classique, Orchestre Métropolitain, Rêveries

Crédit photos: Page Facebook de l’Orchestre Métropolitain

Le jeudi 22 novembre, l’Orchestre Métropolitain (OM) présentait Rêveries, un cocktail savamment bien dosé, équilibré et exécuté de pièces lyriques à souhait. Les quatre mémorables œuvres au programme ont permis à l’OM et à Kensho Watanabe, son chef invité et chef assistant de l’orchestre de Philadelphie, de s’illustrer de manière flamboyante. Le violoniste virtuose Kerson Leong a pu aussi de briller de tous ses feux.


Le concert a débuté tout en douceur, en finesse et en lyrisme grâce au Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy (1862-1918). L’impeccable exécution orchestrale a été très chaleureusement applaudie. À titre de rappel, le faune est, selon le dictionnaire, une « divinité champêtre, à l'image du dieu grec Pan (corps velu, oreilles pointues, cornes et pieds de bouc) ».

Une note du programme nous a appris que cette œuvre de Debussy « constitue l’acte de naissance de l’impressionnisme musical ». Elle est inspirée d’une églogue de Mallarmé intitulée « L’après-midi d’un faune », et qui est une sorte de rêve éveillé. Pour ceux qui se poseraient la question, une églogue est un « poème de style classique consacré à un sujet pastoral. Les poèmes de ce genre littéraire sont parfois qualifiés de bucoliques ».

La première partie s’est terminée par la prodigieuse exécution du Concerto pour violon en ré majeur (op. 35) en trois mouvements, d’Erich Wolfgang Korngold (1897-1957). Kerson Leong, présentement violoniste soliste en résidence de l’OM, nous a ainsi offert une époustouflante démonstration de savoir-faire et de haute voltige. Sa prestation lui a valu une ovation debout et une vague quasi interminable d’applaudissements.

Crédit photo : Page Facebook de Kerson Leong

Après la traditionnelle remise du bouquet de fleurs à ce musicien hors pair, celui-ci nous a gratifié d’un rappel intitulé Souvenir de l’Alhambra. Il s’agit d’une pièce originalement composée pour la guitare par Francisco Tárrega, et arrangée pour le violon par Ruggiero Ricci. Cette pièce répétitive exige néanmoins une virtuosité certaine de la part de l’exécutant à cause de la technique de ricochet (de l’archet sur les cordes du violon) qu’elle demande.

Il s’agit d’une œuvre plus remarquable par la difficulté qu’elle représente que par la même mélodie qu’elle reprend inlassablement avec variations. Cette pièce conviendrait parfaitement à un élève avancé pour lui enseigner le parfait contrôle de l’archet et la nécessaire stabilité du bras droit. Vous pouvez voir et entendre Kerson Leong en jouer un extrait d’un peu moins d’une minute en suivant ce lien.

Cet émérite violoniste est des plus dynamiques et des plus expressifs. Il s’accroupit souvent partiellement et ondule de tout son corps comme pour souligner, accompagner et relancer des passages particulièrement exigeants d’une œuvre dont toutes les émotions sont efficacement traduites par ses expressions faciales. Vous pouvez en apprendre davantage à son sujet en le suivant sur sa page Facebook ou en consultant son site internet, ici.

Après l’entracte, l’OM a renchéri avec Le Tombeau de Couperin (version orchestrale) de Maurice Ravel (1875-1937). Il s’agit là, à mon avis, d’une œuvre joyeuse et inventive en quatre mouvements contrastés, qui nous a procuré de très bons moments oniriques et dont l’exécution a été saluée par de nombreux applaudissements.

Le concert s’est terminé par une spectaculaire prestation orchestrale. En effet, l’OM a surenchéri avec la Symphonie n° 1 en fa mineur (op. 10) en quatre mouvements, de Dmitri Chostakovitch (1906-1975). Cette œuvre nous en a mis plein les oreilles grâce, notamment, aux cuivres et aux percussions. Cette musique, foisonnante de temps forts, est tout simplement triomphante. C’est en 1925, tout juste âgé de 19 ans, que ce génial compositeur a complété cette première d’une série de 15 symphonies.

Le maestro Kensho Watanabe a dirigé de main de maître un OM inspiré et inspirant qui nous a concocté une véritable soirée de rêve. Je lui lève mon chapeau.

Incidemment, de mon siège (loge 1, rangée A, fauteuil 6) j’avais un corridor visuel non obstrué menant directement au contrebassiste solo René Gosselin. Je l’ai donc vu agir et réagir durant toute la soirée et, très franchement, ce musicien accompli est très impressionnant de concentration et d’intensité. Loin d’être impassible, il suivait le tempo de la musique en hochant doucement la tête et son expression faciale, des plus changeantes et des plus parlantes, traduisait parfaitement l’émotion véhiculée par la musique et l’anticipation du moment où il devait intervenir. C’était inspirant de le voir dans une pose de quasi recueillement durant l’exécution de l’un ou l’autre de ses collègues de l’orchestre. J’ai souvent observé l’un ou l’autre des musiciens de l’OM et jamais je n’ai vu une telle présence et une telle intensité ailleurs que chez lui; ce qui, bien sûr, n’enlève strictement rien à ses émérites confrères et consœurs au flegme cependant plus manifeste. Vous pouvez voir et entendre Monsieur Gosselin parler de son instrument et de sa relation avec celui-ci, en suivant ce lien qui mène à la page Facebook de l’OM.


Comme il se devait, cette apothéose s’est soldée par une longue ovation debout émaillée d’applaudissements reconnaissants. Vous pouvez consulter le calendrier des prochains concerts de l’Orchestre Métropolitain, et même vous procurer des billets, en consultant son site internet par ici.