« Mektoub » : c’était écrit
« Mektoub » : c’était écrit

Publié par Élizabeth Bigras-Ouimet le Mar. 22 novembre 2016 à 15h00 - Contenu original
Alto, Littérature, Serge Lamothe

Crédit photos: Éditions Alto

Deux êtres. Un homme. Une femme. Deux destins qui se croisent… quelque part… dans une réalité propre à eux, à la croisée de leur interprétation de la réalité. Mektoub. C’était écrit. Sommes-nous réellement arbitres d’une fatalité déjà écrite? Sommes-nous le résultat de nos choix, de nos actions? Quelle partie de notre histoire est-on libre d’écrire?

L’amour est-il quelque chose d’imaginé de toute part? Et si l’être aimé vivait en parallèle de notre réalité, tel un songe, un ami imaginaire, un amour fantasque? Que savons-nous réellement de notre réalité, de notre vérité? Rien n’est vrai ou réel dans l’objectivité du monde. Tout est possible du moment qu’on y croit. Nos pensées deviennent notre réalité.

Dans Mektoub, dernier livre de l’auteur Serge Lamothe, il est question de ce qu’est la destinée et surtout dans quelle mesure sommes nous les pantins de sa fatalité. Mektoub, titre célèbre de l’un des romans de Paulo Coelho, signifie « c’était écrit ».

Parsemé d’événements historiques qui rendent le roman plausible et familier aux lecteurs, Serge Lamothe nous livre les confidences d’un homme de 60 ans qui se raconte à l’âge de 20 ans.

Été 1976. On assiste aux jeux olympiques de Montréal, à l’ascension de René Lévesque, au terrible tremblement de terre en Chine. L’écriture imagée de l’auteur nous renvoie directement dans les années 1970 où tout était possible, un monde meilleur se dessinait, tout était à découvrir. Paix et amour. Liberté d’être ce qu’on voulait!

Et pourtant…tout était écrit.
Un accident.
Puis un autre.
Puis…d’autres.
Toujours à la croisée des chemins.
Toujours au même endroit.

Quels sont les véritables signes du destin?

L’écrivain Serge Lamothe est romancier, poète et dramaturge. En 2003, il a reçu le Prix Yves-Thériault pour Le Prince de Miguasha (Alto, 2005) et en 2004, il signait l’adaptation du Procès de Kafka au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal. Il s’est fait dramaturge à l’Opéra National de Lyon (Les sept péchés capitaux, Le vol de Lindbergh, 2006) et au Cirque du Soleil (Zed, Tokyo, 2008) et son roman Tarquimpol (Alto, 2007) a été finaliste au Prix des libraires.

Dans son dernier roman, Mektoub, un homme se fait astrologue. Un seul rendez-vous lui est proposé, celui d’une femme à la numérologie exceptionnellement compatible avec lui. Une rencontre inespérée. Une rencontre prédestinée. Ils ne se verront jamais. Il trouvera la petite valise de la femme au pied de sa porte, juste avant que la fatalité ne la frappe. Un accident. Ce rendez-vous manqué obsédera durant 40 ans. Toujours il cherchera le sens de ce drame. L’homme s’imagine alors une vie avec cette femme, son âme sœur prédestinée. Faisant fi de sa mort, il donnera naissance à « Nadia » dans son cœur, dans son âme.

L’écriture intime, fluide et pertinente de Serge Lamothe nous rend témoin de cet amour impossible et pourtant si vrai en autant qu’on y croit, qu’on se laisse bercer par ce monde parallèle où prend racine tout espoir. Après tout, n’avons-nous pas tous imaginé, enfants, un ami imaginaire, ami qui a disparu par la cruelle vérité que notre monde imaginaire n’existait pas. Non?

Alors pourquoi une fois adulte, espérons-nous toujours quelques rencontres inusitées, des relations prédestinées, dessinées pour nous et par nous, un monde où il fait bon se réfugier parfois lorsque la réalité, telle qu’imposée par la « vérité », nous fait défaut et nous étouffe? A-t-on le contrôle absolu sur notre destinée ou est-elle notre maître?

Est-on maître du développement de notre histoire?


Dans un entretien à la Presse, Serge Lamothe expliquait : « Comment rendre une histoire très crédible même si, sur le fond, il y a des choses carrément impossibles? Elle meurt dans son monde à lui et il meurt dans son monde à elle. Comment peuvent-ils se rejoindre? On sait que c'est impossible, mais on y croit. C'était le défi que je me suis posé au départ. »

Dans la deuxième partie du roman, on rencontre donc cette femme ou du moins, la femme. Car si pour l’homme cette femme était âme sœur, le rendez-vous manqué ne représentait pas du tout le même but pour cette femme. La solitude et le vide de chacun sont comblés par la présence fantasque de l’autre. On ignore quelle est la part de vérité dans la réalité de chacun et c’est ce qui fait de ce roman une œuvre singulière à lire. Les deux protagonistes du roman sont à la fois vrais et irréels, issus d’une réalité propre à l’auteur et d’une imagination parallèle qui déstabilise le lecteur, mais qui crée une dépendance forte à y croire.

Osez remettre en question toutes vos convictions en lisant cet incroyable roman!

Mektoub
Serge Lamothe
Alto