Léane Labrèche-Dor est Antigone
Léane Labrèche-Dor est Antigone

Publié par Esther Hardy le Ven. 14 avril 2017 à 15h40 - Contenu original
Théâtre, Esther aux premières loges, Frédéric Millaire-Zouvi, Frédéric Sasseville-Painchaud., Léane Labrèche-Dor, Nathalie Boisvert, Salle Fred Barry, Théâtre Denise-Pelletier, Xavier Huard

Crédit photos: Francis Sercia

La nouvelle compagnie de création théâtrale Le Dôme présente sa première production : « Antigone au printemps » de Nathalie Boisvert, incarnée par Léane Labrèche-Dor, Xavier Huard et Frédéric Millaire-Zouvi, jusqu’au 22 avril à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise Pelletier, dans une mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud.


Dès l’ouverture du rideau, la magnifique voix de Mykalle Bielinski emplit l’espace de son ode à la tragédie dans un « kyrie eleison » absolument fabuleux. Le lieu s’imprègne d’un sens du sacré où chacun n’ose bouger, de peur de briser ce moment d’éternité qu’elle crée, en l’effleurant par un bruit inopportun.




Mykalle Bielinski



C’est sur une scène épurée que nos trois protagonistes entrent et se jettent tête baissée dans un dynamique récit sous un flot incroyable de paroles… D’abord narrateurs, Antigone, Polynice et Étéocle nous introduisent dans l’ambiance de leur quotidien à la Rivière Éternité… Puis vivent les premiers bouleversements de leur père Œdipe qui quitte le foyer familial… et toute leur histoire qui suivra, de leur mère malheureuse qui noie son chagrin…


« Notre mère se tue à force de Margarita. Elle ne reviendra pas. »



Dans un Montréal fictif où Antigone, le personnage mythique de la tragédie grecque, se transforme en une militante qui résiste à l’influence de la droite avec Créon en tête. Lui, un puissant manipulateur, sait charmer la jeunesse qui de son côté cherche à s’accomplir dans une cité en bouleversement.



Xavier Huard et Frédéric Millaire-Zouvi




Antigone et ses deux frères Polynice et Étéocle tentent de trouver leur place dans leur univers instable et dans un peuple qui se radicalise. Influencés par cette société malade, ces trois frères et sœurs complices deviennent ennemis.


Le ton des comédiens est direct, ils sont peu enclins à l’émotion! Pas de place pour l’épanchement dans la tragédie. Par contre, leurs paroles, la gravité de leurs gestes, leurs désirs et ce qu’ils vivent ont eux un grand impact sur le public.




Xavier Huard, Léane Labrèche-Dor et Frédéric Millaire-Zouvi




On pourrait voir un lien entre Antigone, ses frères et certaines des figures médiatiques du Printemps érable. Néanmoins, c'est en l’idéalisme des personnages de part et d’autre que l'on retrouve des similarités avec les représentants étudiants de l’époque. Ce même feu caractérise ceux qui portent leur lot de difficultés et sont exaspérés des mensonges, des faux semblants et des manipulations, au point de sombrer dans des actions excessives ou dans une radicalisation pour aller au bout d'eux-mêmes.


« Les oiseaux morts, une impression de fin du monde.»


La mise en scène de Frédéric Sasseville-Painchaud est précise et très serrée, évitant les temps morts où l’énergie de l’action pourrait s’estomper, ce qui nous garde captif du début à la fin. Multiplié par le talent des trois protagonistes qui lui aussi nous tient en haleine. Ils s’exécutent avec assurance et justesse confirmant l'excellence de leur interprétation.



Léane Labrèche-Dor et Frédéric Millaire-Zouvi




Antigone réussira-t-elle à traverser tous les obstacles de cette société déracinée de ses valeurs, en gardant les siennes, en restant forte même dans la détresse… Réussira-telle à continuer de placer l’être humain comme valeur la plus élevée au centre de cette société en dérision…


Un texte très actuel!



Merci à l'auteure Nathalie Boisvert de nous remettre en mémoire ces moments effervescents et pleins d’espoirs de changements bénéfiques, du printemps érable 2012. Merci de nous remémorer l’agressivité aveugle d’une élite de droite montante, profondément apeurée et qui veut soumettre coûte que coûte malgré l’incohérence de ses convictions. Merci de nous rappeler les injustices, les manipulations d’opinions par les médias et tous les scandaleux traitements de ses offenseurs et notre désir enflammé de les dépasser.


Nathalie Boisvert
(Crédits: Marili Levac)



Le Dôme a utilisé une magnifique image en ramenant Antigone, l’archétype de l’amoureuse révoltée, fidèle à ses convictions, droite comme un jeune chêne, prête à donner sa vie pour le respect de ses convictions.


Une première production, c’est le coup d’envoi, le moment magique où on découvre la complicité de son équipe, la chimie des talents réunis et ces miracles qu’on arrive à faire dans des moments clefs. « Antigone au printemps » est un excellent début. Bravo et longue vie au Dôme!