Fabiola chante Aznavour : un tourbillon d'énergie
Fabiola chante Aznavour : un tourbillon d'énergie

Publié par Luce Langis le Mer. 17 mai 2017 à 17h00 - Contenu original
Musique, Charles Aznavour, Fabiola Toupin, Petit Outremont

Crédit photos: Courtoisie Site de Fabiola Toupin

Hier soir au théâtre Petit Outremont, la chanteuse Fabiola Toupin donnait son spectacle La Bohème – Fabiola chante Aznavour. C'est dans une salle comble qu'elle interpréta avec grande fougue et énergie les principales chansons du grand Aznavour.


Le spectacle s'amorça avec un enregistrement audio du grand Charles, nous entretenant de l'écriture de chansons... Après certains ratés techniques, il y eut une deuxième prise, qui s'avéra être la bonne. Cela permit aux spectateurs de rompre la glace en s'entretenant entre eux sur un ton badin. Puis, la chanteuse Fabiola entra en scène, et mit tout de suite son public à l'aise, en disant que Charles devait être présent en esprit dans la salle, et qu'il nous faisait un petit clin d'oeil...


Et que le spectacle commence! Véritable boule d'énergie, la chanteuse originaire de Trois-Rivières, visiblement en grande forme, interpréta, dans l'ordre ou le désordre, « Hier encore », « Emmenez-moi », « For me formidable », « Mes emmerdes »... pour ne nommer que ceux-là. Entre chaque chanson, elle raconta une ou deux anecdotes de sa vie personnelle ou de sa vie d'artiste. C'est ainsi que nous apprîmes qu'elle promène depuis plusieurs années déjà un autre tour de chant l'ayant fait connaître, intitulé « Hommage à Piaf et à Brel ». C'est dans la foulée de ce succès qu'elle décidera de monter ce nouveau spectacle sur Aznavour. Elle enchaîna avec « Les petits pains au chocolat », en n'omettant pas de nous raconter la savoureuse anecdote d'Aznavour qui entoure la création de cette chanson fétiche. Lorsqu'il était gamin, Aznavour, comme tous les enfants du monde, s'amusait ferme avec ses copains. L'un des plus merveilleux souvenirs de son enfance demeure le moment où ses parents lui remettaient, dans des papiers de soie rose, ces petits pains au chocolat qui faisaient ses délices.... Aujourd'hui encore, le souvenir demeure prégnant.


Notre interprète 220 volts enchaîna avec « La Bohème », « De t'avoir aimé » et « Je me voyais déjà »...


Ses interprétations étaient rodées au quart de tour. Toutes ses mimiques et ses gestes étaient étudiés, répétés, inscrits jusque dans son ADN. On pouvait voir qu'elle a, soit donné son spectacle à de multiples reprises, soit énormément répété. Cette façon de « surjouer » m'énerva quelque peu. Cette exagération dans l'ampleur et l'accentuation des gestes, des mimiques et même du ton trop solennel employé me donnaient à penser que cette façon de faire, plutôt que de donner plus de résonance et d'émotion aux mots d'Aznavour, leur en enlevait. J'avais l'impression d'assister à une plastie interprétative plutôt qu'à une réelle émotion venant du cœur. Les mots des grands auteurs sont assez forts pour se suffire à eux-mêmes; il suffit de les laisser couler de source, authentiquement, sans les amplifier ni les maquiller... Une simple interprétation sobre, où l'interprète ne se fait que le véhicule vibrant des mots de l'auteur, est, de loin, beaucoup plus garante de l'efficacité émotionnelle recherchée. En faire trop, pour moi, c'est amputer les mots originels de leur charge émotive naturelle; c'est les encarcaner dans un modèle trop personnel, étranger à l'auteur.


Ceci dit, Fabiola Toupin est une véritable bête de scène possédant une voix magnifique. Son spectacle se prêterait davantage à une grande salle, où l'amplitude des gestes est requise pour bien voir la chanteuse. Le Petit Outremont se prête davantage aux interprétations plus intimistes, plus simples. Cette salle évoque pour moi les boîtes à chansons des années 70. Je suis heureuse qu'il existe encore ce type de salle, qui permet une réelle communication entre l'artiste et ses spectateurs. J'ai beaucoup apprécié l'une des dernières chansons de son tour de chant, alors qu'elle est descendue de la scène et est venue danser avec quelques-uns des messieurs assis dans les premières rangées. Ce fut un moment exquis, où l'humour, la tendresse et la spontanéité s'entremêlaient, pour le plus grand plaisir des spectateurs.


En résumé, le spectacle La Bohème, Fabiola chante Aznavour vaut la peine d'être vu. Selon moi, une plus grande simplicité dans l'interprétation en augmenterait la charge et la portée émotives. Les spectateurs ont semblé avoir beaucoup apprécié ce spectacle, puisqu'ils ont offert à l'interprète une ovation spontanée debout et un rappel. Visiblement, Fabiola Toupin adore son métier et nous fait partager son plaisir.


La Bohème, Fabiola chante Aznavour a été présenté le 16 mai au Petit Outremont, à Montréal.